Cet article a pour sujet la légalisation de l'euthanasie ou du suicide assisté comme une façon pragmatique et cruelle de résoudre le problème du vieillissement de la population dû à des décennies d'avortement et de contraception.

4 pages. Traduit par Paulin Bédard

L’Occident post-chrétien : Un chroniqueur du Times affirme que les malades et les personnes âgées devraient envisager l’euthanasie

L’honneur, la protection et la fécondité des personnes âgées

« Les cheveux blancs sont une magnifique couronne; c’est sur la voie de la justice qu’on la trouve. »

Proverbes 16.31

« Tu te lèveras devant les cheveux blancs et tu honoreras la personne du vieillard. Tu craindras ton Dieu. Je suis l’Éternel. »

Lévitique 19.32

« Dès le ventre de ma mère je m’appuie sur toi; c’est toi qui m’as fait sortir du sein maternel; tu es sans cesse l’objet de ma louange. […] Ne me rejette pas au temps de la vieillesse; quand mes forces défaillent, ne m’abandonne pas! Car mes ennemis parlent de moi, et ceux qui guettent ma vie se consultent entre eux, disant : Dieu l’a abandonné; poursuivez, saisissez-le; il n’y a personne pour le délivrer. Ô Dieu, ne t’éloigne pas de moi! Mon Dieu, viens en hâte à mon secours! […] Ô Dieu! tu m’as instruit dès ma jeunesse, et jusqu’à présent j’annonce tes merveilles. Aussi, jusque dans la vieillesse aux cheveux blancs, ô Dieu, ne m’abandonne pas, afin que j’annonce ta force à cette génération, ta puissance à tous ceux qui viendront, et ta justice, ô Dieu, atteint les sommets, car tu as accompli de grandes choses : Dieu! qui est semblable à toi? »

Psaume 71.6,9-12,17-18

« Les justes fleurissent comme le palmier, ils croissent comme le cèdre du Liban. Plantés dans la maison de l’Éternel, ils fleurissent dans les parvis de notre Dieu; ils sont encore féconds dans la vieillesse, ils sont pleins de sève et verdoyants, pour annoncer que l’Éternel est droit. »

Psaume 92.13-16

« Écoutez-moi, maison de Jacob, et vous tous, reste de la maison d’Israël, vous que j’ai pris à ma charge dès le sein maternel, que j’ai portés dès votre naissance! Jusqu’à votre vieillesse je serai le même, jusqu’à votre âge avancé je vous soutiendrai; je l’ai fait et je veux encore porter, soutenir et libérer. »

Ésaïe 46.3-4

La légalisation du suicide assisté et de l’euthanasie arrive à un moment prévisible. Après des décennies de légalisation de l’avortement et de l’utilisation de contraceptifs, aucun pays occidental n’a un taux de natalité proche du seuil de remplacement de la population. Le vieillissement croissant des populations exerce une pression énorme sur les systèmes de santé, alors que les contribuables sont moins nombreux à les soutenir. La stratégie consistant à faire venir des immigrants d’autres cultures pour compenser la perte des bébés que les Occidentaux ont évité d’avoir par la contraception ou qu’ils ont tués par l’avortement s’accompagne de ses propres problèmes manifestes.

Il ne s’agit pas seulement de l’implosion démographique. Les taux de maladie mentale, d’atomisation sociale, de solitude et d’anxiété n’ont jamais été aussi élevés. L’euthanasie légale sert essentiellement de soupape de pression — une manière cynique de traiter les problèmes que nous avons créés avec la révolution sexuelle et que nous ne voulons pas ou ne pouvons pas résoudre.

Comme l’a fait remarquer Ross Douthat dans un article paru dans le New York Times en 2022 sur le régime d’euthanasie canadien, nous sommes en train de découvrir ce que signifie « une société qui reste libérale, mais qui cesse d’être civilisée ». Dans la cavalcade des histoires d’horreur canadiennes, observait-il :

« Nous voyons les sombres interactions entre l’euthanasie et d’autres problèmes de la modernité récente — l’isolement imposé par l’éclatement de la famille, la propagation des maladies chroniques et de la dépression, la pression exercée sur les sociétés vieillissantes à faible taux de natalité pour qu’elles réduisent leurs coûts de santé.1 »

En effet, au Canada, au Royaume-Uni et ailleurs, les partisans de l’euthanasie ont ouvertement reconnu que l’introduction du suicide assisté s’accompagnait d’importantes économies. Comme le dit délicatement un rapport de 2017 de la CBC, « Les décès médicalement assistés pourraient permettre d’économiser des millions en dépenses de santé.2 »

Les dénonciateurs de l’euthanasie légale invoquent depuis longtemps le fait que « l’assistance médicale à mourir » passe rapidement du statut de choix à celui d’obligation. Chaque régime d’euthanasie définit qui est éligible à ce « droit » et qui ne l’est pas, indiquant aux malades et aux personnes souffrantes que l’État considère que leur vie ne vaut pas la peine d’être vécue, et qu’ils se sont donc vu accorder l’autonomie d’opter pour un suicide sanctionné, financé et facilité par l’État. Ashley Frawley s’inquiète, dans un récent article d’UnHerd, que « les défenseurs de l’aide à mourir perdent leur compassion3 ». En effet, l’euthanasie et l’avortement ont été vendus au public sous le couvert de la compassion. Une stratégie plus sombre se cache juste sous la surface pour quiconque est prêt à regarder au-delà des slogans.

Frawley réagissait à une récente tribune publiée dans le Times par Matthew Parris, ancien homme politique et militant homosexuel. L’article de Parris est unique en ce sens qu’il est prêt à dire, par écrit, ce que les militants suicidaires nient avoir dit en privé. Le titre et le sous-titre le résument :

« Nous ne pouvons pas nous permettre d’imposer un tabou sur l’aide à mourir : L’argument contre l’aide à mourir est que la pression exercée sur les malades en phase terminale pour qu’ils accélèrent leur mort va s’accroître, ce qui n’est pas une mauvaise chose.4 »

En bref, les dénonciateurs des régimes d’euthanasie soulignent que des personnes sont poussées à recevoir des injections létales. Parris répond que c’est une bonne chose, en fait, et le défend ensuite avec le pragmatisme froid de quelqu’un qui sait qu’il n’y en a pas assez pour tout le monde :

« Reconnaissons et confrontons l’argument le plus fort contre l’aide à mourir. Au fur et à mesure que la pratique se répandra (selon les opposants), la pression sociale et culturelle augmentera sur les malades en phase terminale pour qu’ils accélèrent leur propre mort afin de “ne pas être un fardeau” pour les autres ou pour eux-mêmes. Je pense que cela se produira. Et je m’en réjouirai.
Je ne conteste pas la conviction des opposants selon laquelle, une fois que l’aide à mourir sera normalisée, nous serons plus enclins à nous demander pendant combien de temps encore nous pouvons justifier la lutte. La vie nous procure-t-elle encore plus de plaisir que de douleur? Combien tout cela coûte-t-il aux proches et aux services de santé? Quel fardeau faisons-nous peser sur ceux qui nous aiment? Quel est le fardeau que nous nous imposons à nous-mêmes? Nous remarquerons que d’autres se posent ces questions et nous nous sentirons habilités, en changeant les normes sociales, à nous les poser nous-mêmes. Les discussions deviendront plus ouvertes. Il deviendra courant de poser cette question sans gêne et de peser la réponse. »

Dans ses premiers paragraphes, Parris rejette d’emblée les préoccupations religieuses concernant le suicide et passe rapidement et en douceur à l’utilitarisme. L’accélération du tapis roulant sous les pieds de la grand-mère est une caractéristique et non un problème; les malades et les personnes vulnérables ne devraient pas se contenter de réfléchir à leur propre douleur, mais devraient aussi réfléchir à la question de savoir s’ils sont devenus une douleur gênante et s’ils devraient envisager d’accéder au tout nouveau droit de l’homme qu’est le suicide par un médecin. Ceci, écrit Parris, est « responsabilisant ». Parris poursuit en disant que nos sociétés sont « alourdies par de faibles taux de natalité et une longévité élevée » — en d’autres termes, nous avons légalisé l’avortement, ce qui rend l’euthanasie inévitable.

De nombreux écrivains, dont la philosophe française Chantal Delsol5 et l’écrivaine britannique Louise Perry6, ont récemment déclaré que l’Occident post-chrétien était en train de revenir au paganisme. Matthew Parris, quant à lui, résume la situation sans excuses ni faux-fuyants :

« Cela peut sembler brutal, mais je ne m’excuse pas pour le ton réducteur avec lequel cette chronique traite les êtres humains comme des données — en déficit ou en surplus par rapport à la collectivité. Pour une société comme pour un individu, l’autopréservation doit éclairer d’une lumière crue l’équilibre entre les intrants et les extrants. Pour protéger son avenir, une société saine doit adapter ses normes, ses tabous culturels et ses codes moraux. Cela ne se fait généralement pas par décret, mais par un mouvement général largement inconscient. Les gens commencent à changer d’avis, souvent sans savoir pourquoi.
Je soupçonne — et je crois remarquer — que notre culture est en train de changer d’avis sur la valeur de la vieillesse lorsqu’elle est associée à une dégénérescence invalidante, à l’incapacité, à l’indignité et souvent à la souffrance. Si j’ai raison, notre intérêt croissant pour l’aide à mourir pourrait refléter une prise de conscience largement inconsciente du fait que nous ne pouvons tout simplement pas nous permettre une sénescence extrême ou une infirmité désespérée pour autant d’individus que notre société en produit. “Votre temps est écoulé” ne sera jamais un ordre, mais — oui, les opposants ont raison — pourrait un jour être le genre d’allusion tacite que tout le monde comprend. Et c’est une bonne chose.7 »

Voilà qui est dit. En l’absence de vision chrétienne du monde, il ne peut y avoir de société chrétienne. Notre culture « change d’avis sur la valeur de la vieillesse » parce qu’elle a abandonné la religion qui a donné naissance aux droits de l’homme. Nous avons acheté notre autonomie au prix de millions d’enfants avortés; ce sont ces enfants qui auraient payé pour une société qui s’occupe des personnes âgées. Si nous nous débarrassons des jeunes, les vieux suivront à coup sûr, tandis que l’avenir sera confié à des populations déplacées d’immigrants aux cultures et aux valeurs différentes. Notre civilisation post-chrétienne a toujours vécu en sursis.

Comme le dit Proverbes 12.10 — et j’ai souvent pensé à ce verset depuis que le débat sur l’euthanasie a commencé au Canada — « les entrailles des méchants sont cruelles ».

Notes

1. Ross Douthat, « What Euthanasia Has Done to Canada » [Ce que l’euthanasie a fait au Canada], The New York Times, 3 décembre 2022.

2. Kelly Malone, « Medically assisted deaths could save millions in health care spending: Report » [L’assistance médicale à mourir pourrait permettre d’économiser des millions de dollars en soins de santé : Rapport], CBC, 23 janvier 2017.

3. Ashley Frawley, « Assisted dying advocates are losing their compassion » [Les défenseurs de l’aide à mourir perdent leur compassion], UnHerd, 31 mars 2024.

4. Matthew Parris, « We can’t afford a taboo on assisted dying » [Nous ne pouvons pas nous permettre d’imposer un tabou sur l’aide à mourir], The Times, 29 mars 2024.

5. Jonathon Van Maren, « The Emergence of a New Paganism: An Interview with Chantal Delsol » [L’émergence d’un nouveau paganisme : Entretien avec Chantal Delsol], The European Conservative, 18 février 2023.

6. Louise Perry, « We Are Repaganizing » [Nous repaganisons], First Things, octobre 2023.

7. Matthew Parris, « We can’t afford a taboo on assisted dying » [Nous ne pouvons pas nous permettre d’imposer un tabou sur l’aide à mourir], The Times, 29 mars 2024.